|
Biographie de JUDIKAËL :
Sans
doute ce coutançais d’origine, au bord
de sa Soulles natale, a-t-il eu une
enfance heureuse et mélancolique,
sereine et contemplative, qui va semer
en lui la substance créative lui restant
propre tout au long de sa vie de
peintre.
A partir
d’un dessin souvent naïf, il va chercher
à se sublimer pour nous communiquer
cette invention poétique étrange qui
apporte une dose essentielle de pureté
dans ce monde artistique.
Il agit
comme un catalyseur de rêves fait de
mystère et de réalité à la fois, pour
susciter, après une première impression
de tristesse, une espèce de nostalgie
joyeuse et de joie enfantine, pour nous
faire comprendre et distiller que l’on
doit tout à l’enfant que l’on a été. Et
ce pur tend un piège aux impurs que nous
sommes, car est-il sur que nous
interprétons de la bonne façon son jeu
de couleurs, ses préoccupations
picturales et parfois l’humour, guidé
par son inspiration, surgit par miracle.
Il orchestre savamment une valse de
contraire entre tendresse et détresse,
innocence et effroi. En faite, il pose
l’éternelle question de l’origine et du
devenir à travers son optique très
personnelle, certes polychrome, mais se
fixant par touches légères et volontaire
sur le noir ou sur le rose, comme
esquissant un nouveau mouvement
perpétuelle entre le quotidien et
l’irréelle.
Comme
Braque le lui insuffle, il écarte
délibérément l’aspect banal,
géométriquement ou concret des choses,
pour construire sa projection propre à
travers l’âme de son cœur.
Pour lui,
regarder, observer, c’est déjà
interpréter dans un langage judikaëlien,
le plus proche possible, pense-t’il, de
celui qui va se retrouver devant sa
toile, vous, moi, et qui va interroger
son œuvre, non pas, par curiosité mais
par souci de s’identifier à un regard,
un geste, un décor, vestige peut-être
d’une enfance éloignée ou rien n’était
bleu excepté le ciel.
Certes
dira t'on, c’est l’aventure de l’art
brut, le dépouillement, l’éloignement à
coup sur de l’imagerie toute faite. Mais
dans cette investigation, nous
retrouvons les valeurs propre à chacun,
imprégnées depuis l’enfance,
l’exaltation au spectacle du cirque, les
premiers regard de notre moitié
virtuelle qui croise notre chemin, la
jouissance profonde sous la caresse
électrique d’un chat, la confidentialité
d’un intérieur, tout cela dans des
formes simplifiées et des volumes
restreints, hérités de l’école de la
sculpture où Judikaël a fait ses armes
et affirmé ses dons.
Influence
des fresques égyptiennes, de Jérôme
Bosch (visages féminins), du Douanier
Rousseau ?
Malraux
n’a pas été le dernier à dire et à
écrire qu’un peintre cherche toujours à
imiter ou à transcender ses maîtres,
souvent inconsciemment.
Et,
chemin faisant, Judikaël nous invite au
voyage de l’insolite ou l’inattendu, en
manipulant sa baguette magique dans le
monde infini des formes, des couleurs,
des équilibres nouveaux, des inventions
libertaires qui vont déboucher sur des
créations émotives qu’il veut absolument
transmettre, comme un appel discret mais
efficace au bonheur de vivre.
Son
secret ? La spontanéité, la curiosité,
l’invention à partir de la simplicité.
Mais il
n’a pas fini de nous séduire, comme il
semble à chaque fois, que sa toile est
trop petite, pour nous susurrer à
l’oreille ce mot de Tristan Corbière :
« On ne
doit pas peindre ce que l’on voit,
Il faut
peindre uniquement c que l’on a jamais
vu et qu’on ne verra jamais… »
Adrien
Cannamela
|